Lundi 7 juillet 2008

6h01, le réveil sonne, pourquoi cette obsession de la minute supplémentaire ? Personne ne sait, beaucoup le font. Je suis arraché à un rêve profond et enviable que je regrette déjà en lançant ma main à la recherche du bouton, clé du silence. Titubant dans le brouillard matinal jusqu’à la salle de bain, je reste quelques secondes à fixer mon reflet dans le miroir, à chercher l’envol de cette partie de moi qui ne voulait pas se lever et me déteste de l’avoir fait. Toilettes puis toilette, petit déjeuner expéditif, c’est l’heure. En franchissant le pas de la porte, je ressens cette petite douleur quotidienne d’être arraché à ma tanière avant l’aube alors même que le soleil dort encore.

 

Je marche d’abord machinalement une vingtaine de mètres puis mon esprit s’éveille. La première chose à m’interpeller est l’odeur vivifiante du printemps mêlée à la fraîcheur du matin, j'éternue. Cet instant a une saveur particulière, un quelque chose qui me fait lever la tête en allant jusqu'à l'arrêt de bus. En y arrivant, les gens d'habitude sont là et me jettent ce regard las, torture du quotidien. Je m'adosse à un mur, déçu par mon élan injustifié. Il arrive, un vieux tacot laid à en mourir. En m’y installant, je remarque un message noté au marqueur noir sur l'arrière du siège de devant, "Esther sale pute", il est nouveau, je l'observe quelques secondes, qu’as-tu bien pu faire Esther ? Je m'assoupie en observant le bleu du ciel, baladeur sur les oreilles, quiétude retrouvée.

 

Terminus, tout le monde descend. Les quelques minutes de trajet jusqu’au bureau m’exposent aux vents frais de rues ombragées et sinueuses, je frissonne sous mon manteau. A mon arrivée : « Bonjour tout le monde ! Comment ça va ? », Ca m’est égal mais la demande est indispensable, c’est poli un banquier ! Le salaire, le confort et la tranquillité compensent presque l'ennui de la profession, il arrive aussi que certains clients soient moins blasés et ingrats que de coutume. En tout cas, cette activité permet de discerner le point auquel les comptes disposent de leur propriétaires, écoutez-en deux ou trois larmoyer quand vous leurs annoncez le désastre mathématique qu'est le tas de papier que vous avez sous les yeux, résultat de bêtises pour l’écrasante majorité. J'ai appris à faire abstraction de l'état des clients et leur balance des calamités en prenant une voix bourrée de compassion falsifiée plus vraie que nature. Donner de sa personne n’est en rien anodin. Distribuer amour et confiance à qui veut c’est courir à sa perte et s’assurer un dépérissement lent et douloureux. Il faut donc savoir se cacher, sembler terrassé lorsqu’on est de marbre, amusé quand on est accablé car le mensonge et l’hypocrisie sont les autres noms de la paix.

 

Et comme tout va bien pour moi coté financier, c’est restaurant pour le déjeuner. « Saumon en papillote et sa julienne de légumes », coloré et savoureux. Après une longue matinée, la finesse de ce repas me plonge dans une douce méditation dont seul un café noir me sort pour retourner travailler. Dans l’après-midi, j’hurle presque au téléphone pour expliquer à un vieillard qu’il fait banqueroute. Lorsqu’il comprend enfin, il s’énerve et raccroche, drôle de manière de procéder. Je fais ensuite quelques heures de gestion bête et méchante, je colle quelques agios espacés de moments de bonté.

 

Six heures, l’épais directeur passe devant mon bureau, j’enfile ma veste bien plus vite que je ne l’avais enlevé. Le terrible rush de 19 heures crée des bouchons, j’observe les gens dans leur véhicule. Ici un couple s’engueule, là un jeune homme danse au volant, juste derrière une femme raconte quelque chose à sa voisine hilare, plus loin un vieil homme à la mine aigrie dont le visage restera dans ma tête le voyage durant. L'agréable sentiment du chez soi s’empare de moi à la seule vision de mon logis. Je passe la soirée sur le Web en regardant un film sans y mettre l’attention nécessaire ce qui me vaudra de n’y rien comprendre. Internet, constructeur de toile sociale, débranchez et vous n'avez plus d'amis, magique !

Par Guillaume - Publié dans : Chapitres
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Lundi 7 juillet 2008

La nature prend soin de mettre en chacun de nous un grain de folie pour que la vie nous semble moins ennuyeuse, elle a dû l’oublier pour moi. Fatalement, 6h01 du matin, le réveil sonne. Mes yeux abîmés par les écrans et les allergies sont terriblement irrités, je les habitue lentement à la lumière. J'enfile mes habits que je ne manque pas de tacher au petit-déjeuner et sans m’en rendre compte biensûr ! Je sors et constate une pluie qui n’a rien d’une petite averse matinale. Les gouttes traversent aisément les vêtements ridiculement fins d’un type qui ne sait pas s’habiller en fonction du temps, moi malheureusement. Je jette un œil à l'abri bus où les gens se bousculent et essayent de se mettre au sec sous la structure de verre déjà envahie par une énorme flaque d'eau dans laquelle leurs pieds baignent. Ce comportement bovin me redonne le sourire, scène burlesque !

 

À la sortie du bus, je prends mon chemin quotidien, un peu rêveur. Le coup d’épaule d'un jeune homme pressé m’expulse de mes songes, celui-ci ne manque pas de s'excuser poliment en s'aidant d'un sourire. La vision brève de son jeune visage me fait penser à mes études, une longue période durant laquelle je me suis perdu nombre de fois, je sens cette impression désagréable remonter. Voir le monde fourmiller en se demandant ce qu’on doit faire, comme si l’on était le soldat oublié. Et éprouver ce sentiment terrible d’être « de trop », « superflu ». Je m'étais accroché en endurant successivement les coups portés par la vie : travail, indépendance, responsabilités, liberté ou autrement dit, âge adulte. A cette époque, je n'avais jamais vraiment appris à me refuser quoi que ce soit, les autres avaient été là pour me brider. Je m'étais alors rendu à l'évidence qu'un jour j’allais devoir me prendre en charge, avoir un métier et plus généralement, devenir quelqu’un.

 

Une chanson me trotte dans la tête, cet air des Weezer ayant rythmé une reluisante partie de ma jeunesse, celle où je rentrais du lycée le soir, balançant mon sac au pied de mon bureau pour vite l'écouter. La savourer, m’en régaler, peu importe ce que je faisais à l’instant où ce que j'avais à faire plus tard, je volais ces 210 secondes à la planète entière pour mon plaisir et c'était tout ce qui comptait. Puis un jour, je m'en étais lassé. J'avais été triste, j'avais même continué à l'écouter pendant un moment espérant que les frissons reviennent, qu'à nouveau je me surprenne à ne pas remarquer que quelqu'un appelait mon nom, que mon téléphone sonnait. Heureusement, je découvrais ensuite cette Everest qu'est la musique, impossible de se lasser ! Subjugué par la diversité des genres et des artistes, j’avais alors idolâtré la musique, nageant dans les instruments et les voix en me laissant bercer par leurs fusions. C'est d'ailleurs ce qui m'avait amené à ne plus aimer mon quotidien harcelé par ce paradoxe entre l’inépuisable diversité de ce monde cognitif et l’inlassable répétition de la vie. Mais qui faut-il être pour se contenter de ne vivre que dans sa tête ? L’action est vitale, se réfugier dans les seules pensées n’est que ralentir l’accès à ses aspirations, s’enfuir devant le trésor.

 

C’est un sac qui me sort de mes rêves, un vieil homme me l’envoie dans le rein gauche en glissant, une douleur tellement horrible que je n’arrive pas à me tenir droit. J’arrive au travail avec presque un quart d’heure de retard ce qui, visiblement, ne gène personne. Aujourd’hui, quelques étudiants en difficultés, des conseils de placement à prodiguer et un inconscient à alerter, cocktail de monotonie. A la pause café, un collègue nous raconte une mésaventure avec un client téméraire, un imbécile au bord du gouffre qui y saute au lieu d’essayer de s’en sortir. Tiens, nous étions vendredi.

Par Guillaume - Publié dans : Chapitres
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Lundi 7 juillet 2008

 

Le Week-end est un moment délicat, la vie prend toujours soin de remplir nos semaines mais qu’en est-il de ces deux derniers jours ? C’est notre espace personnel, sorte de révélateur de ce que nous sommes. Une fois qu’on s’en est rendu compte, on se retrouve face à son propre Week-end et le jugement tombe, suis-je un nul ?

 

Samedi 11h30, je me réveille doucement tout en continuant à rêver. Je me lève ensuite en musique, évidemment. A midi, je reçois un appel, un type qui s’est trompé. Je passe l’après midi à lire, à jouer, à discuter et surfer sur Internet. Une occupation vide mais agréable. Le soir venu, je sors avec quelques amis connus au lycée ou plus tard, quelques nouvelles têtes également. Ce sont deux belles demoiselles qui viennent s’ajouter aux cinq têtes habituelles. Je les remarque après avoir rejoint l’assemblée chez son leader charismatique : David. La première s’appelle Marie, elle est d’une beauté éclatante, qui frôle la perfection mais sans être unique. L’autre possède un charme qui ne saute pas aux yeux mais qui une fois perçu, vous envoûte, Amandine. Je les observe entrain de discuter, elles ont toutes deux des manières charmantes mais une chose les distingue : Amandine est beaucoup plus naturelle, elle n’a pas chaussé son rire de soirée. Je passe une bonne heure assis à ne rien dire, tiraillé par mon esprit demandant un choix entre ces deux beautés. Dilemme. Je simule une discussion avec David et Christophe en appréciant un verre de martini. En réalité, je ne connais même pas le sujet de la discussion, j’épie béatement le clan féminin. Amandine et Marie discutent avec Elsa, petite brune intelligente qui aime le montrer et Eva, notre clown instable mais très attachant. Plus tard dans la soirée, j’ai l’occasion de « discuter » avec Amandine qui reste muette, écoutant ce qui est dit. Son regard fixe est celui de la fatigue, il lui donne un sourire figé qui s’intensifie légèrement à chacune de nos plaisanteries. La contemplation de son état à mi-chemin entre la rêverie et l’écoute est apaisant, l’alcool n’y étant sûrement pas pour rien.

 

Le lendemain au réveil, ce choix me revient immédiatement en tête et continue à m’obséder toute une partie de la journée. Amandine me correspondrait plus mais Marie me tente, c’est tout ce que je suis capable de dire, aucune évidence possible. Il me faut trancher alors je métaphorise, je médite, je rumine chaque détail avec précision et ça ne marche pas. J’essaie scientifiquement de résoudre une affaire de goût, ridicule ! Je me rends à l’évidence, si Amandine semble mieux me correspondre, c’est elle que je dois choisir. Une conclusion qui non seulement ne me contente pas mais qui n’arrive pas non plus à stopper le flot de comparaison qui m’envahit. C’est un duel infini entre la beauté qu’on voit et celle qu’on ressent. Mes yeux, mes mains me disent Marie, mon intuition m’ordonne Amandine. Finalement, je réalise qu’aucune ne s’est intéressée à moi et que donc, je souffre inutilement. J’admire quelques secondes mon aptitude à la divagation sur des soucis inexistants avant d’entamer mes biscottes. C’est décidé, c’est Amandine.

 

Comme chaque lendemain de fête, je passe l’après-midi à grignoter devant la télévision dans une semi-conscience. Ces moments étant marqués chez moi d’un manque extrême de sociabilité, je dois absolument rester seul. Comme si j’avais besoin d’une journée de pause pour encaisser ma soirée. David m’appelle aux alentours de 22 heures. Embrouillardé, je ne comprends rien de ce qu’il dit et tel un abruti, je le remercie, je raccroche. C’est quelques minutes plus tard que je réalise ce moment d’absence, je rappelle, pas de réponse. Je retente le coup mais impossible de le joindre, le désir de savoir s’attise donc et restera insatisfait ce dimanche.

Par Guillaume - Publié dans : Chapitres
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Lundi 7 juillet 2008

 

Aujourd’hui, je sens la lourdeur du quotidien dès le lever, comme si toute volonté m’avait quitté. J’oublie d’ailleurs un bon tiers des documents nécessaires pour traiter mes dossiers en cours. Le malaise et la mauvaise humeur sont en moi pour la journée. Ceci se confirme quand le même étudiant vient enfoncer son épaule dans mon dos pour la deuxième fois en moins d’une semaine, toujours en retard celui là ! Cette fois, mes souvenirs passent à l’as, je le maudis sans façons. La matinée est interminable mais à 11h22 c’est la libération : une panne du réseau informatique déclenche une crise d’urticaire au directeur. Horripilé, il nous congédie pour l’après-midi, inutiles que nous sommes sans nos machines.

 

Que faire ? Aller boire un café seul ? J’ai envie d’une présence. J’appelle Christophe qui me propose de nous retrouver devant la cathédrale, j’opte pour un autre endroit prétextant une proximité plus équitable. En chemin, je croise une connaissance que j’ignore royalement, il y a des gens avec qui ça ne passe pas, c’est comme ça. Arrivé au point de rendez-vous, il est en retard mais c’est ma faute, j’aurais dû l’être encore plus…

Nous optons pour un bar du centre ville, un bar branché. Je ne sais pas si je dois montrer que je suis stressé, que je ne me sens pas très bien dans ce genre d’endroit ou si je dois faire semblant de gérer la situation facilement, je joue tantôt sur un tableau, tantôt sur l’autre. Nous entrons dans le bar qui est en fait à moitié vide, normal à 14h en milieu de semaine. Deuxième étage, un endroit plutôt douillet. On s’installe, on discute, on rit. Au-delà de Christophe qui est là face à moi, c’est avec moi-même que je passe ce moment, je me retrouve là dans ce bar et c’est seulement à cet instant que je me rends compte que je prends plaisir, que je me détends à être avec lui, que je suis un imbécile.

 

Un imbécile qui réfléchit sur lui-même au lieu de prendre le plaisir qui s’offre à lui. A trop penser, on se prend à son propre piège, le monologue. Il vous rend d’une part crétin mais surtout égoïste. D’un égoïsme étrange et malsain, Celui de l’homme qui réfléchit pour être mieux qu’il n’est, pour être plus admirable, plus respectable, l’égoïsme du philosophe. Qui veut le plus peut le moins, c’est bien vrai. A me noyer dans mes fabulations, je ne reprends conscience qu’à la fin lorsque Christophe m’annonce son départ. Ce rendez-vous, cette ambiance, cet ami forment un tout qui crée chez moi une dépendance dès la première prise, serais-je normal ? Comme un leitmotiv.

 

Pour une fois, je passe le voyage en bus dans un vide spirituel absolu. Je ne pense pas, je ne réfléchi pas, je regarde simplement le paysage défiler sous mes yeux sans même penser à sortir mon baladeur, chose étonnante. La fin de journée se passe dans le même état d’apaisement, de tranquillité. On dit que les gens heureux n’ont pas d’histoire, ce petit moment de bonheur me permet d’ajouter mon grain de sel : ils n’ont pas non plus d’histoire spirituelle.

Par Guillaume - Publié dans : Chapitres
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Lundi 7 juillet 2008

 

6h45, mon téléphone sonne. Dans ce genre de moment, chacun de nous a la même réaction, on sait qu’à cette heure, soit la nouvelle va ensoleiller notre journée, soit elle la pourrira. C’est David, il semble bien réveillé et me propose de passer déposer l’écharpe que j’ai oubliée chez lui samedi soir, c’était donc ça ce coup de téléphone ! Appeler avant 7h pour une écharpe, c’est gonflé. Mais quelque chose se cache derrière tout ça, il me le fait comprendre par un ton inhabituel. Je déjeune en m’amusant à imaginer ce que cache cette écharpe, David a peut-être trouvé une fille et veut me la présenter, c’est tiré par les cheveux. La manière dont il s’est adressé à moi me laisse plutôt penser qu’il s’agît de quelque chose qui me concerne de près, ça devient stressant.

 

Un quart d’heure de torture couplées de rêveries et le voilà qui frappe à la porte. J’ouvre, il est là devant moi avec un sourire amusé et l’écharpe à la main, je m’attends à voir quelque chose se passer mais non, il me tend l’écharpe et engage la conversation. Incompréhension totale, je suis totalement ahuri et il le voit bien mais s’en amuse encore plus, il y a bien quelque chose. Il me rassure tout de même : « Ne t’inquiète pas je ne viens pas t’emmerder juste pour ton écharpe ! ». Il n’ajoute rien, me tend l’écharpe. Je retourne le tissu impeccablement plié, rien. Elle doit être garnie, je la secoue, un papier blanc chiffonné tombe comme une plume sous les rires de David. « Et voilà Sherlock ! Mais l’enquête n’est pas finie ! » Lance-t-il en ramassant le papier. Dessus, un numéro de téléphone mais pas de nom, il me regarde en attendant que je lui offre le nom de celle qui selon moi l’a glissé là. Je n’en sais fichtrement rien !

 

A priori, Amandine et Marie me semblent les seules solutions possibles, mais l’une comme l’autre n’ont pas manifesté le moindre intérêt pour moi dans la soirée. Le mystère est donc total et David doit repartir avec la déception de ne pas savoir. Je constate que cette nouvelle n’apporte ni gaieté ni angoisse à ma journée dans l’immédiat, plus tard peut-être.

 

Arrivé à l’heure au travail, je ne croule pas sous les affaires en cours, j’ai donc tout le temps de réfléchir ou plutôt de rêvasser sur cette histoire. Une blague idiote de David ou d’un autre me semble plus pertinente qu’une tentative d’approche d’une des deux filles mais Il semble vraiment curieux de savoir, serait-il si bon acteur ? Je n’y crois pas un instant. La seule solution reste de prendre contact avec ce fameux numéro, je préfère procéder par message. « Bonjour, le papier dans mon écharpe… qui est-ce ? ».

 

Réponse une demi-heure plus tard : « Un message ? Timide… Je m’appelle Alice, j’ai donné le mot à un de tes amis qui l’a glissé dans tes affaires ». Alors là ! L’idée d’une belle inconnue germe déjà dans ma tête. Je devine une grande brune, visage délicat, des yeux magnifiques, une bouche pulpeuse, des pommettes lumineuses… Je sors de mon rêve, peut-être faudrait-il répondre. Les messages s’enchaînent de manière continue au fil de la journée, je fais ce jour la connaissance d’Alice, 31 ans, mère célibataire d’une petite fille de 4 ans, Aurélie. Situation professionnelle intéressante, vie sentimentale tourmentée semble-t-il. Elle, fait la connaissance de Guillaume, 29 ans, un banquier à la situation sentimentale inexistante, elle doit d’ailleurs sentir la fébrilité qui l’habite dans ses messages.

 

Pour ma part, je remarque chez elle un langage très vague qui en dit beaucoup plus long sur sa situation  que toutes les précisions et les explications du monde, son passé est une masse obscure aux contours pour le moins rudes.

 

A mon retour, je remarque que je n’ai pas travaillé de la journée, à chaque instant j’ai pensé au prochain SMS, à la réponse que j’allais lire, à celle que j’allais donner. Je n’ai même pas songé à demander quel ami avait servi de messager mais peu importe, ce n’est plus le sujet, ce qu’il faut c’est vite continuer à la découvrir et la charmer, sans même l’avoir vu, comportement étrange de ma part, fervent adepte de la religion du physique.

 

23h37 : « Sur ces mots, je perds la partie contre mes paupières lourdes comme des chars d’assaut, bonne nuit Alice ! »

Par Guillaume - Publié dans : Chapitres
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Lundi 7 juillet 2008

Ce mercredi commence mal, j’ai ce pressentiment que je vais vivre une sale journée comme on en vit souvent après une excellente. Je me lève, il pleut, rien à manger pour le petit déjeuner, pas de liquide pour acheter du pain, comme si l’on cherchait ma colère. Aujourd’hui, c’est la réunion du conseil, sorte de rendez-vous où tous les banquiers consultent leurs collègues sur les cas les plus étranges pour éviter de porter le chapeau tout seul s’ils font une bourde. Matinée chargée en histoires toutes plus loufoques les unes que les autres : faillites incontrôlées, réussites inexplicables ou encore mouvements d’argent suspect, j’y propose un octogénaire qui s’achète une décapotable avec une retraite de 900 euros même si j’ai déjà en tête que c’est sûrement quelque chose du genre « fiston a oublié de dire que papa était mort parce que c’était plus pratique d’un point de vue financier », ignoble.

 

Midi, la réunion est terminée, je décompresse, je mange ! Alice m’a envoyé un message tôt ce matin, je réponds en m’excusant, racontant vaguement la réunion, elle s’y intéresse. Je termine ma deuxième assiette de poulet en concluant qu’il faut ne pas être banquier pour porter attention à tout ça avec intérêt. Le temps d’un dessert, d’un café et de poiroter dans le froid pendant que les collègues fument pour ne pas rester seul et je retourne au bureau.

 

Mon bureau est le même que celui de ma voisine qui a elle-même la copie conforme de celui de son voisin, un bâtiment « en série ». Nous faisons le même travail dans les mêmes bureaux aux mêmes horaires. Inévitablement, les gens se connaissent de mieux en mieux, sympathisent et rigolent tous ensemble. Quand j’entends les rires à l’autre extrémité de l’étage, je me prépare déjà à recevoir ce mail contenant une blague déprimante qu’un crétin a expédiée à notre étage. Rarement amusantes, ces blagues servent en réalité à éviter le grand méchant silence qui gêne les pauvres banquiers à la pause café alors on débat de la vanne « la plus tordante », il est vraiment lamentable que les gens ne soient mêmes pas capables de tenir une discussion. Je préfère encore me fondre dans la masse que d’être le clown de l’étage et d’être idolâtré par 9 banquiers, « quoi de pire que d’être idolâtré par 9 banquiers ? Etre idolâtré par 10 banquiers ! ». À mettre dans un mail.

 

Journée épuisante et peu intéressante, je rate le bus du retour ! La torture se prolonge donc, quarante minutes séparent ce bus du prochain. Lorsqu’il arrive j’ai presque envie de sourire, le voyage est une véritable thérapie, je m’installe confortablement, je cale mon sac et ma veste, je sors mon baladeur puis je ferme les yeux. Commence alors une heure de méditation pure, la tension redescend, la colère s’en va, la musique m’exorcise de tout.

 

J’arrive à la maison dans un état de tranquillité presque total. Alice m’a écrit, elle veut que je regarde un film diffusé tard ce soir, j’accepte. Le film est un chef d’œuvre retraçant l’histoire d’un jeune couple en parallèle avec la chute de l’URSS. Le film m’intéresse à la manière d’un documentaire jusqu’à une scène très particulière, une fête organisée dans un immeuble déserté juste après la chute du mur de Berlin. Scène ordinaire d’une foule dansante jusqu’à ce que le jeune homme emmène sa belle sur le toit de l’immeuble qui domine la ville, la musique s’entend encore bien. Sous une pluie battante, ils dansent sur ce toit.

 

La romance est superbement amenée et leur danse envoutante, le contexte festif de la réunification allemande est dans l’air, l’émotion est complète. Je me lamente moi-même d’essayer d’exprimer ce que je ressens par une description technique, c’est magique.

 

Après plusieurs remerciements à Alice pour m’avoir conseillé le film, je m’effondre de sommeil.

Par Guillaume - Publié dans : Chapitres
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Lundi 7 juillet 2008

Pile à l’heure au travail et de bonne humeur ! Je n’aurais pas espéré tant. Un bonheur de courte durée puisque la plus vilaine de toutes les secrétaires du bâtiment m’attend avec un jeune stagiaire. Ce n’est pas n’importe qui, le stéréotype du « je sais tout », et c’est pour moi pendant un mois. Je passe trois heures à lui expliquer des logiciels horriblement complexes, ça l’amuse, il essaie de deviner ce qu’est telle ou telle commande. Finalement, je déteste cette matinée.

 

Comme nous louons nos bureaux, chaque étage peut trouver un occupant différent. Divers  domaines, divers employés mais qui mangent tous dans le même restaurant bon marché et proche. Je dîne avec Georges, un vieux monsieur qui travaille comme géomètre à l’étage au dessus du mien. Georges et moi sommes copains de cantine mais au-delà de ça, il est mon exemple spirituel, plein de sagesse et de raison, et tellement captivant lorsqu’il raconte ses histoires. Ce midi, il me passionne avec des découvertes étranges sur un chantier avant de me demander comment s’est passé ma matinée, je lui réponds que Chewbacca m’a confié Yoda comme stagiaire, il n’est pas sûr de comprendre mais la métaphore l’amuse beaucoup.

 

L’après-midi, je me débarrasse de mon boulet pour pouvoir travailler un peu. Je tombe sur quelques cas intéressants, une start-up qui fabrique des boites en carton, un zoo qui veut de l’argent pour faire une cage à singe ou encore un joueur de foot qui arrive à claquer son blé plus vite qu’il ne le gagne. Pas de messages d’Alice pour le moment, étrange. Je fais le premier pas aujourd’hui en sortant du boulot et lui parle de Yoda, et de Georges. Elle me répond une heure plus tard, désolée de ce silence radio qu’elle explique par une dispute avec son père mais en occulte les raisons. Je n’ai que quelques messages mais je sens une grande détresse, j’hésite à proposer ma compagnie. C’est en arrivant chez moi que je me décide enfin. Sa réponse est méfiante, tatillonne, un oui timide. Il me suffit d’insister un peu pour qu’elle accepte.

 

Aurélie dort déjà, c’est donc Amandine qui vient chez moi, évitant ainsi de la réveiller. Elle arrive à 21h00, toc toc. La pression monte de mon côté de la porte, j’inspire profondément mais le stress, l’angoisse renforcent ma peur encore, et encore... J’essaie de temporiser un instant mais rien n’y fait : l’air est pesant, la chaleur insupportable et les secondes accablantes. Après avoir pris une bouffée d’air plus profonde que toutes les précédentes, je saisis la poignée et ouvre d’un geste presque violent de rapidité. Je découvre des yeux bleus, une longue chevelure brune et un visage doux, innocent. Un visage qui se demande bien ce qui me prend avec cette porte, « Désolé, elle coince un peu » dis-je pour justifier. Ma première phrase est mon premier mensonge, chapeau l’artiste. Rassurée par mon explication, elle sourit, laissant apparaitre des dents immaculées aux dimensions canoniques dont l’alignement imparfait ajoute un charme inouï à cette bouche qui n’avait besoin de rien pour séduire. « Bonsoir » est le mot qui me fait découvrir sa voix, un son aérien immensément féminin.

 

Je ne sais pas quoi penser de moi-même. Au fil de la soirée, elle se confie à moi. Alice vit seule dans un petit appartement avec sa fille, elle est obligée de la laisser chez ses parents pour aller travailler, c’est son père qui semble s’opposer à cela. Il estime que son métier ne pourra jamais l’emmener vers sa propre maison et faire vivre son enfant. Alors il insiste et tous les jours quand elle rentre du travail, il lui bourre le crâne de bêtises. J’ai droit à quelques exemples de remarques et j’en suis franchement retourné, on pourrait sortir « le bréviaire du vieux con ». Heureusement, Alice semble décidée à agir comme elle l’entend, elle persévère.

 

Elle est là face à moi à partager tout ce qui ne va pas et moi, compatissant en surface, je suis dans le fond heureux qu’elle soit là. Suis-je plus joyeux de sa présence ou plus triste pour ce qu’il lui arrive ? Son tourment étant la raison de sa présence, la question est posée. Je suis plus heureux, beaucoup plus heureux ! Alors pour me punir, je le lui dis avant son départ, j’avoue que même si elle a des problèmes, si c’est grâce à ces problèmes qu’elle est là avec moi, alors je suis content qu’elle les ait ! Elle rit, me laissant une dernière occasion de contempler son impeccable dentition. Le banquier et la danseuse se disent au revoir et vont dormir.

Par Guillaume - Publié dans : Chapitres
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Lundi 7 juillet 2008

Beau temps ! En déjeunant, je décide donc de ne pas manger à la cantine à midi, je mangerai dehors. Je regarderai les passants, un passe-temps divertissant dont l’idée enchante là fin de mon petit-déjeuner. En me rasant, je pense à la rencontre avec Aurélie que j’appréhende déjà. Cette petite réflexion me coute une partie de mon menton et quelques minutes à retourner toute la maison pour trouver des pansements, je rate presque le bus. Une blessure qui n’altère en rien mon moral, je pourrais même affronter le nouveau toute la journée ! Chose que j’accomplis avec succès, dans la matinée en tout cas. Avec patience et finesse, je supporte.

 

Midi arrive, les oiseaux chantent et m’attendent sur la place où j’aime aller quand le temps m’y autorise. La partie commence, j’imagine le quotidien de chacun, son caractère, où il va, d’où il vient et pourquoi tout ça. Mes pensées sont stoppées par un vieillard bruyant venu s’asseoir à coté de moi, il me tape l’épaule en me demandant l’autorisation de s’asseoir alors qu’il a déjà la croupe bien installée. Je réponds que le banc ne m’appartient pas en lui faisant un peu plus de place, il sent l’alcool. Complètement saoul, il entame avec moi une discussion sur les grands principes de la politique, du sentiment, en me flattant assez régulièrement et prenant soin de dire qu’il ne me flatte pas pour me flatter, il veut de l’argent. J’aime assez sa manière de faire, il est talentueux. Je lui donnerai le sou mais pas sans voir quelque chose de lui, j’approfondi la discussion. Elle s’élève assez vite mais reste sur le sentiment, il se pense obligé de me rappeler qu’il m’aime bien pour avoir une pièce. J’aimerais pouvoir le libérer du fardeau de l’argent mais c’est ce qui le tient là près de moi, ce qui l’a amené jusqu’ici. La fin de la discussion approche, il me serre plusieurs fois la main, il a été marié, il s’appelle Toni et il me connaît maintenant. Il lui reste 5 à 6 ans avant que son foie ne lâche, il me demande de venir voir s’ils mettront une plaque marquée « Père Toni » sur le bâtiment devant lequel il crèche et quémande. Il me marque.

 

Après avoir terminé mon sandwich, je retourne au travail. Je supporte facilement ce crétin de stagiaire dont je finis par retenir le prénom : Boris. En fait, c’est à ce Toni que je pense, il me rappelle mon grand-père, c’est sans doute le même homme mais que la chance a décidé de lâcher un jour. Un grand-père comme beaucoup en rêveraient, une force naturelle et une présence hors du commun. Un homme qui même mort ne vous quitte pas. Pas de ballades ensemble, pas énormément d’embrassades non plus, quelques parties de pêches mais peu importe la quantité de temps dépensée ensemble. L’important est ailleurs et je me décide à le coucher sur papier en rentrant. Malgré quelques messages échangés avec Alice, la fin de l’après midi est de plus en plus dure, Boris est insupportable avec la fatigue. Mais même lui ne peut arrêter le temps.

 

En rentrant, j’attrape le premier morceau de papier blanc, il fera l’affaire :

« Ce n’est pas le temps passé à rire à tes cotés qui me fait écrire, ce n’est pas non plus toute la richesse matérielle ou la culture que tu m’as transmise qui noircissent ce papier. Ce qui fait bouger ma main à cet instant c’est cet amour spécial que tu m’as porté, pas plus qu’à d’autres mais différemment. Cette force qui m’a gagné chaque fois que j’étais à coté de toi, ce halo de bienveillance extrême que j’ai sentis autour de moi, ces petites discussions secrètes en coin de table. Je te sens encore là près de moi après toutes ces années, et pour toujours. »

 

J’observe quelques minutes sa photo encadrée au dessus de mon lit, je cale le mot derrière le cadre, je sèche mes larmes. Sacré père Toni, il ne sait pas ce qu’il fout celui-là. 

Par Guillaume - Publié dans : Chapitres
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Mercredi 16 juillet 2008

Bip, bip ! Bip, bip !

 

Réveil non désactivé, quel samedi magnifique qui commence à 6h01 ! Impossible de me rendormir, je potasse donc un bouquin de psychanalyse en somnolent dans mon lit jusqu’à 10h, j’apprends que l’un des grands changements qui s’annoncent dans l’humanité est « la modification du rapport à l’autre par l’apparition des nouvelles télécommunications », ou quand l’homme devient machine. Des yeux brûlés par la lumière, une démarche titubante sur le chemin de la cuisine, une insupportable douleur dans le doigt de pied qui s’écrase contre le premier meuble venu, tant d’éléments qui m’assurent que je suis encore humain. Je m’exorcise de la douleur en sautillant, un rire nerveux aux lèvres.

 

En préparant le petit-déjeuner, je commence à réfléchir à un message pour Alice. Les quelques rayons de soleil que la seule fenêtre de la pièce laisse entrer filtrent l’air laissant apparaître chaque particule de poussière en suspension dans un silence presque thérapeutique, c’est un moment d’une douceur remarquable. Le message est quasiment fixé dans mon esprit lorsque je reçois un appel, c’est justement elle :

 

-          Allo ?

-          Bonjour Guillaume ! Ca va ?

-          Bonjour, ca va bien et toi ?

-          Très bien, réveillée trop tôt mais ca va !

-          Ah ? Le coupable ferait-il autour de 1 mètre ?

-          Haha ! Je crois bien… mais elle va chez sa mamy cet après-midi ! Tu fais quoi aujourd’hui ?

-          Heu, je n’ai rien de prévu pour le moment.

-          J’ai vu un film qui avait l’air intéressant, on pourrait aller le voir et après faire une promenade pour se dégourdir les jambes ! La séance est à 15 heures.

-          Parfait ! Je passe te prendre vers 14h ?

-          D’accord, bise !

-          A tout à l’heure !

 

Je termine tranquillement mon café et ma tartine mais l’ambiance n’y est plus, le calme matinal a laissé place à l’excitation. Je me prépare sur un titre rock’n’roll des années 90, très classe sans être snob. Comme chaque fois, je suis prêt trois plombes en avance, je tourne dans l’appartement en espérant que le temps passera plus vite mais rien n’y fait. Malgré tout, l’heure fatidique finit par arriver.

 

C’est en m’installant au volant de ma petite voiture que l’angoisse me prend. Je recense le nombre de scénarii qu’a la route pour supprimer des vies : Vitesse, alcool, drogue, sans compter la cigarette, le téléphone ou encore les gosses qui gueulent à l’arrière pour détourner sensiblement l’attention. Je déteste conduire mais arrive tout-de-même sain et sauf chez Alice. Elle sort rapidement vêtue d’une robe à fleurs, un style simple et léger que je trouve très agréable. Lorsqu’elle entre dans la voiture, elle l’inonde de sa fraîcheur à l’aide d’un beau sourire et d’un parfum divin. Elle commence par m’annoncer le titre du film que nous allons voir : Les Temps Modernes ! Quelle surprise, je m’attendais à une comédie récente ou à quelque chose qui s’en approche. Je suis enchanté de revoir ce grand classique. Elle le voit et l’apprécie, c’était un test. Je mérite un vingt !

 

J’évite soigneusement les pop-corn pour plus de classe mais je passe le film à me ronger les ongles, la classe sera pour une autre fois. Comme le film est muet, nous entamons discrètement une conversation en parallèle. Nous nous amusons d’abord des pitreries de Chaplin jusqu’au moment où il me vient de demander à Alice comment ce mot a atterri dans mon écharpe, elle tourne la tête avec un grand sourire, étonnée que je n’ai pas posé la question plus tôt. Elle m’a vu dans un bar avec un ami cette semaine, mon air absent l’a séduite alors elle a suivi mon ami et lui a demandé de mettre le papier dans mes affaires. Christophe passe chez David pratiquement tous les jours, il a du reconnaître mon écharpe, plus qu’à glisser le mot dedans sans que David ne s’en aperçoive. Le bougre prend ensuite l’écharpe le matin pour me la déposer en rentrant du travail et remarque le mot, il veut savoir qui est l’élue alors il m’appelle immédiatement, à 6h45 !

 

Après les rires, la promenade installe une ambiance de découverte. C’est sur un chemin ombragé par de grands sapins en bordure que la discussion commence. Elle évoque d’abord Aurélie, son arrivée à l’école, sa curiosité jamais rassasiée. La discussion en vient ensuite aux buts de la vie, je l’écoute. Laisser quelque chose derrière soi, vivre en accord avec soi-même, poser sur son existence un regard positif à l’instant du dernier souffle, « que ça soit mieux après moi qu’avant ». Il y a pour moi une grande signification dans chacune de ses phrases à cet instant, pas de critères standardisés mais un contenu hautement philosophique, s’il en est. Ma joie est profonde et imperceptible.

 

18 heures, il est temps pour elle d’aller récupérer sa progéniture. Au moment de la déposer chez elle, la bise d’aurevoir est plutôt une caresse de ses joues brûlantes sur les miennes.

Par Guillaume - Publié dans : Chapitres
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Jeudi 14 août 2008

            Après une semaine harassante, je m’offre une grasse matinée bien méritée qui se termine par rêve lucide, un de ces songes où l’on contrôle tout. Je me projette me réveillant aux cotés d’Alice après une nuit torride, je vois les câlins matinaux, les tentatives discrètes du premier éveillé pour sortir l’autre des bras de Morphée. Puis soudainement mes yeux s’ouvrent, l’utopie prend fin me laissant à la dure réalité de ma nuit solitaire.

 

J’entame la journée par un jogging sur mon sentier habituel : un chemin tellement impraticable qu’on est sûr d’y être tranquille, seulement moi et mon baladeur. C’est vers Alice que mes premières pensées se tournent, c’est un moment passionnant de notre relation, personne ne sait ce qui va advenir, pourtant chacun en a une idée. Le temps passe et on dessine l’ébauche d’un quelque chose qu’on voit venir tout en ayant peur qu’il ne vienne pas. Quelques minutes suffisent à me faire perler le visage de sueur, je rentre profiter d’une douche bien méritée.

 

En m’installant dans mon fauteuil je réfléchis à la manière d’occuper cette journée, c’est la montagne de linge à repasser qui a le dernier mot. Je m’autorise un quart d’heure de télévision avant de commencer, il se transforme en demi-heure puis en heure jusqu’à ce que je m’arrache moi-même du fauteuil. J’installe toute l’artillerie nécessaire, c’est parti ! Tout se déroule bien : mes t-shirts, shorts et pantalons sont impeccablement pliés et prêts à être rangés. Mais les quatre premières chemises sont tellement bien repassées qu’elles créent un excès de confiance, mon esprit est ailleurs mais le fer est bien là, collé sur la cinquième sans bouger depuis une bonne vingtaine de secondes. Là où d’autres s’insulteraient ou même se frapperaient, je m’accorde le pardon en regardant l’épaisse fumée noir s’élever vers le plafond dans une apathie totale. Je termine la corvée mais le cœur n’y est plus.

 

Etrangement, la détestable sensation du dimanche ne m’envahit qu’à 19 heures, j’ai l’impression que le temps tourne au ralenti, je n’ai envie de rien et même pire : tout m’insupporte ! Il est étrange d’appeler « jour de repos » une journée que chacun passe à soupirer en pensant qu’il travaille le lendemain. C’est au beau milieu de mes bougonneries qu’Alice m’appelle, je lui raconte donc cette étrange impression qui la fait éclater de rire, elle me redonne la pêche en ridiculisant mon idée.

 

Pour une fois, j’évite de commencer à somnoler devant la télévision, je continue plutôt mon livre de psychanalyse jusqu’à 22h30 avant de commencer une longue somnolence. Je passe la nuit à réfléchir sur « le rejet du réel », « la perte de crédibilité des représentants de l’autorité », « la banalisation de la violence »… Une suite d’idées défiant la logique défile dans mon esprit, je recherche une solution à tous ces problèmes en arrivant sans cesse à un nœud si complexe qu’il me faut repartir à zéro. Une nuit pleine de passion et de torpeur mais peu de sommeil.

Par Guillaume - Publié dans : Chapitres
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